3 FAÇONS DE (RE)INVENTER LES MODELES SOLIDAIRES DE DEMAIN

Plus de 4 500 congressistes, 65 conférences et ateliers thématiques, 200 experts : le Forum National des Associations et des Fondations (FNAF) a largement mobilisé le secteur associatif pour sa 11e édition, le 19 octobre, au Palais des Congrès. L’occasion pour Econovia de repérer 3 grandes tendances d’innovations au service de l’intérêt général.

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/ 1. Social impact bonds, crowdfunding, don sur mobile : quand les solutions de financement se réinventent

Trouver des modes de financement innovants, hybrides, c’est l’un des enjeux cruciaux des acteurs solidaires, qui ne peuvent plus se contenter des solutions traditionnelles (banques, subventions…). Quatre d’entre eux ont été mis à l’honneur pendant le Forum.

1. Les social impact bonds (obligations à impact social)
Ils permettent à des investisseurs privés de financer des projets d’organisations à but non lucratif à travers des obligations émises par la puissance publique. Toutes les grandes banques les proposent désormais, mais elles devront prouver aux acteurs que ce nouvel outil de financement est véritablement gagnant-gagnant sur le long terme et trouver les moyens de pérenniser un dispositif sur-mesure.

2. Le financement participatif (crowdfunding)
Parmi les nouveaux financements qui ont le vent en poupe figure le financement participatif. Certaines plateformes permettent le don avec ou sans contreparties. Ulule et KissKissBankBank sont les plus connues et les plus généralistes, mais il en existe des dizaines d’autres, plus adaptées aux projets solidaires (notamment HelloAsso, Babeldoor, Bulb in Town, Humaid, Miimosa…). D’autres encore organisent également le prêt, gratuit ou rémunéré (Babyloan, Collecticity, Hello Merci…).

3. L’« equity-crowdfunding », ou financement participatif en capital
Il permet aux entreprises – sociales, dans le cas qui nous intéresse – dont la taille est trop petite pour intéresser les acteurs traditionnels du « private equity » d’accéder à des investisseurs en fonds propres. Quatre plateformes permettent ainsi le financement de projets à fort impact sociétal : 1001pact, Arizuka, WeDoGood, et BlueBees. Et leur nombre ne cesse d’augmenter.

4. Le don sur mobile
L’adoption de la loi pour une république numérique après la grande consultation citoyenne de l’automne 2015 a aussi accéléré le développement du don sur mobile, autre moyen de financement innovant. Une initiative nous a particulièrement inspirés : itiQity.fund. Cette plateforme réservée aux grandes associations favorise le recrutement de nouveaux donateurs et la collecte de fonds grâce à plusieurs mécaniques : le don classique, le don de la chance et la tombola.

 

/ 2. De nouvelles logiques de rapprochement dessinent l’avenir de la gouvernance

Dans le contexte de crise actuelle, et pour sauvegarder leurs emplois et la pérennité de leurs missions, de nombreuses associations optent pour des stratégies de coopération et de mutualisation. Les rapprochements d’acteurs solidaires (associations, fondations…), et notamment les fusions, sont de plus en plus pratiqués. Selon Viviane Tchernonog, chercheuse au CNRS, une création d’association sur cinq serait même le résultat d’une restructuration.

Une conférence et plusieurs ateliers pratiques étaient consacrés à ces « mariages », qui suscitent encore des inquiétudes chez les salariés, comme le montre le baromètre sur le bien-être au travail dans l’ESS, lancé par la mutuelle Chorum, avec l’appui de l’institut de sondages CSA et le soutien du Ministère chargé de l’Economie Sociale et Solidaire.

L’exemple de rapprochement de l’association Jonas Ecoute et de la fondation Grancher – qui assurent toutes les deux des missions de placement familial – est particulièrement intéressant. Il illustre l’opportunité économique que le rapprochement offre à chacune des parties de sortir de situations financières complexes, tout en enrichissant leurs projets respectifs. Il montre aussi que refondre le projet associatif est le fruit d’un consensus et d’un processus, qui ne se passe pas toujours sans heurts.

A noter aussi, l’essor des partenariats qui prennent aujourd’hui des formes variées (mécénat, coopération économique, innovation sociétale…) associations-entreprises, dont Le Rameau, laboratoire d’innovations partenariales, offre une typologie claire et accessible.

 

/ 3. Faire « avec » et pas « pour » : le numérique au service de la solidarité

Dernière grande tendance incontournable de ce Forum : la transition digitale du secteur associatif. Pour la première plénière, « Comment faire de l’ubérisation du secteur associatif une opportunité plutôt qu’une menace ? », la jeune génération était bien représentée.

De la Mairie de Paris (Pauline Véron), aux « licornes associatives » (Guillaume Capelle de SINGA, Ismaël Le Mouël d’HelloAsso et de la Social Good Week ou même Maud Sarda, qui innove à l’intérieur d’Emmaüs avec le Label Emmaüs…), chacun a rappelé les nombreux avantages du numérique (inclusion, disruption des acteurs économiques traditionnels…).

Coup de cœur pour SINGA, qui « utilise le numérique « avec » les demandeurs d’asile et les réfugiés, et non pas « pour », comme l’expliquait Guillaume Capelle, son co-fondateur. “Cela change toute la posture et explique en partie le grand succès de l’association, désormais présente dans quatre pays, qui agrandit notamment sa communauté grâce à des hackathons, des jeux vidéo et utilise la réalité augmentée pour créer du lien.” Agence du Don en Nature, Microdon, Simplon.co, Les Seintinelles, Numa : les entrepreneurs sociaux du numérique sont venus partager leurs expériences variées pour clôturer la journée.

Exactement ce qu’il fallait pour rester sur une note d’espoir et d’optimisme. Parce que même si les temps sont parfois durs pour le monde associatif, celui-ci se réinvente en permanence et foisonne d’initiatives positives !

 

Flora Clodic-Tanguy pour Econovia
en partenariat avec Génération2